Le témoin vedette du procès de Black subit un lourd contre-interrogatoire
Le 9 mai 2007 - 17:36
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| L'ex-associé de Black, David Radler |
Soumis mercredi à un contre-interrogatoire musclé, le témoin-vedette du procès de Conrad Black, David Radler, a été accusé mercredi de suivre un "script" que lui auraient fourni les procureurs.
L'ex-associé de Black, qui témoigne au procès pour fraude en vertu d'un accord avec les procureurs, "doit maintenant performer ou perdre son accord", a fait valoir Eddie Greenspan, un avocat du baron de la presse déchu, lors d'un échange combatif visant à abattre la crédibilité de David Radler.
"Vous savez très bien que ce sont les procureurs qui évaluent votre témoignage pour déterminer si vous mentez à qui que ce soit dans cette cour", a demandé Me Greenspan à un David Radler évasif, qui a répété à plusieurs reprises qu'il ne comprenait pas la question.
"Vous savez très bien que si vous sortez de ce script, le gouvernement dira au juge que vous êtes un menteur."
"Vous me mettez des mots dans la bouche, je n'ai pas de script", a répliqué M. Radler, le regard bas et la tête tournée, comme s'il tentait de se protéger des questions posées par Me Greenspan sur un ton de plus en plus élevé.
De l'autre côté de la pièce, Black, assis en compagnie de ses avocats, a laissé voir un sourire lorsque le contre-interrogatoire a commencé.
Plus tôt, les avocats de Black ont réclamé l'annulation de son procès après avoir accusé la poursuite d'influencer le jury en faisant appel "à un préjugé contre la classe sociale", grâce à des messages lus devant le tribunal, dans lesquels il est fait mention du cuisinier et du chauffeur de l'homme d'affaires.
"Cette façon de faire est incorrecte et fait appel à un préjugé contre la classe sociale et c'est pourquoi je réclame l'annulation du procès", a affirmé Edward Genson, l'avocat américain de Black, à la juge Amy St. Eve.
La juge a immédiatement rejeté cette requête. Elle a ensuite permis au procureur principal de poursuivre sa lecture de messages envoyés par Black.
Dans ces documents, Black affirme à d'autres cadres de son entreprise Hollinger International, qui subissait les foudres d'investisseurs minoritaires déplorant la mauvaise performance financière de la société propriétaire de journaux, qu'ils ne devaient pas "faire voeu de pauvreté".
"Nous avons un certain train de vie dont tous ces actionnaires étaient au courant lorsqu'ils sont arrivés", a indiqué Black dans un document daté de septembre 2002, une des nombreuses "réflexions" qu'il envoyait périodiquement aux membres de son équipe.
Les avocats défendant Black ont tenté de ne pas trop insister sur la fortune, les opinions politiques conservatrices et le style de vie flamboyant de son client pour éviter que les jurés ne développent une antipathie envers l'homme de 62 ans.
Cependant, des témoignages entendus plus tôt dans le procès ont notamment révélé qu'il a pris des vacances à Bora Bora dans le Pacifique Sud, partiellement payées par la compagnie.
Dans ses "réflexions", Black faisait référence aux plaintes sur son utilisation du jet de la compagnie et sur d'autres aspects de son train de vie. Il affirmait qu'il était important de ne pas "apaiser la soif d'autorité des investisseurs institutionnels les plus agressifs".
"Nous avons assez bien remporté la grande bataille au sujet des accords de non-concurrence et suffisamment de temps s'est écoulé depuis, a-t-il écrit. Un geste conciliant devrait être fait maintenant, qui ne pourrait pas être interprété comme un signe de faiblesse."
David Radler a par ailleurs admis avoir menti à un comité spécial de Hollinger, mis sur pied pour enquêter sur les inquiétudes des actionnaires en 2003, ainsi qu'au gouvernement fédéral un an plus tard.
"Je savais quelles seraient les conséquences de réponses complètement honnêtes et j'étais inquiet de ces conséquences", a-t-il indiqué à propos du comité.
Il n'a pas été complètement honnête lorsqu'il a rencontré pour la première fois les procureurs et des agents du FBI en 2004, a-t-il ajouté, parce qu'il "tentait de rationaliser certaines des transactions".
David Radler a affirmé qu'il savait que les cadres de Hollinger International agissaient de manière incorrecte en empochant des frais reliés à la vente de journaux américains. Il a reconnu qu'il avait caché cet état de fait au conseil d'administration de l'entreprise.
Le témoin vedette de la poursuite a affirmé que Black, son partenaire d'affaires de longue date, et lui-même, avaient convenu qu'ils se verseraient des indemnités de non-concurrence provenant de la vente de journaux de Hollinger à Paxton Media et Forum Communications, aux États-Unis. Cette décision a été prise même si les acheteurs n'avaient pas exigé de clause à ce sujet dans l'entente d'acquisition.

© La Presse Canadienne, 2008

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